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Moonlight : Hollywood à son meilleur niveau !

Moonlight : Hollywood à son meilleur niveau !

Bruxelles, 28 avril 2017 (Guido Convents). L'Academy of Motion Picture Arts and Sciences (AMPAS) a attribué cette année trois Oscars au film Moonlight, du réalisateur Barry Jenkins (Oscar du meilleur film, du meilleur scénario adapté et du meilleur second rôle masculin). C’est une production qui possède un esthétisme, une narration et un puritanisme classique d’Hollywood. Il n’y a pas de violence excessive, et s’il y en a, c’est une violence visible entre Afro-Américains, sans la violence structurelle de la société américaine. Le film a donc une grande teneur de divertissement sans mettre en question la vie américaine. Ceci explique probablement pourquoi les membres de l’AMPAS ont accepté, pour la première fois dans l’histoire des Oscars, de primer à plusieurs reprises un film dont tous les acteurs, et le réalisateur, étaient Afro-Américains. Pour certains, c’est une déclaration politique ferme. Pour d’autres, c’est un bouleversement culturel.  Pour d’autres, ce n’est ni l’un ni l’autre, mais simplement « Hollywood at its best, or better at its worst! ». « Ce film a brisé des vues stéréotypées des Afro-Américains dans le cinéma hollywoodien, en montrant dans la culture masculine des Afro-Américains de la sensibilité, des émotions et de l’humanité » : voilà la réaction de la plupart des critiques et du public ! Pourtant, ces aspects ont été traités d’une façon très minimaliste, rudimentaire et non réaliste. Mais la publicité est faite, et les spectateurs du monde entier se ruent vers les salles pour voir ce film. Comment expliquer ce succès et cette popularité ?  Est-ce que Hollywood a réellement tourné la page du racisme et accepté une vue sur la communauté noire et l’afro-américain plus réaliste et moins remplie cliché ? En 1965, Bobby Kennedy constatait que l’intégration des Afro-américains dans la société américaine était de plus en plus présente. Il prévoyait même que, quarante ans plus tard, les USA auraient un président noir. Pourtant, à l’époque cela n’a pas du tout impressionné l’auteur James Baldwin qui a répondu que c’était plus que normal, puisque les Afro-Américains étaient déjà présents dans le pays depuis plus de 400 ans. Il se demandait plutôt pourquoi ils n’étaient toujours pas considérés comme égaux. Pourtant, après 8 années de présidence d’Obama, peut-on dire que les Afro-Américains ont finalement entièrement leur place dans la vie américaine ?  Est-ce qu’un président afro-américain a réellement changé la manière dont sont traités les Afro-Américains quotidiennement ?  Est-ce que l’attitude vis-à-vis d’eux a été fondamentalement changée ? Ce n’est pas certain, vu l’avènement du mouvement « Black lives matter » et le nombre d’Afro-Américains emprisonnés. Actuellement, la politique post-Obama semble renforcer encore plus les clichés. Est-ce qu’Hollywood voulait faire une déclaration qui contrerait cette politique imprégnée par une culture « coloniale » ou dire que c’était maintenant assez ? Pourquoi Hollywood a-t-il attendu 89 ans avant qu’un film américain avec un casting entièrement noir ne gagne aux Oscars ? Moonlight est le deuxième film afro-américain à recevoir l’Oscar du meilleur film, après Twelve years a slave, de Steve McQueen en 2015. Ces deux films ont pourtant une vision bien triste : l’Afro-Américain est soit un esclave, soit un dealer ! Mahersala Alia, qui joue Juan dans Moonlight, est le premier acteur musulman à être primé aux Oscars.  En remettant ce prix, les membres de l’AMPAS ont-ils voulu monter qu’ils n’acceptent pas la politique du président actuel vis-à-vis du monde musulman et afro-américain? Il est évident que la situation politique détermine souvent si un film reçoit un oscar ou non, au lieu des « qualités artistiques ». On peut également se demander si ce ne sont pas précisément les qualités artistiques (et/ou commerciales) qui sont déterminées par l’actualité ? Pour certains, Moonlight montre une nouvelle facette des hommes afro-américains et les rend « humains ». Le film nous montre que des dealers peuvent également être sensibles. Le réalisateur explique dans une interview qu'en tant que réalisateur afro-américain, il était conscient de sa responsabilité par rapport à la représentation des Noirs à l'écran. Montrer un amour tendre entre deux hommes afro-américains vivant dans un monde machiste au sein d’un ghetto était alors important pour lui.  Le grand public est touché par ce film, qui fait pleurer et fait même sentir de la pitié pour ces hommes. Or, cela renvoie à un certain paternalisme. Le film n’est pas réellement replacé dans le contexte social, culturel et politique des Etats-Unis de l’époque. Il présente un monde réduit à des individus, seuls responsables de leur sort. Même si Juan, qui a un côté très humain, a honte de ce qu’il fait, à savoir livrer des drogues à sa communauté, il ne change pas. Le public voit le cliché d’un Afro-Américain dans le ghetto qui est un vendeur de drogues, détruisant tant de vie pour avoir lui-même une vie confortable. Moonlight se situe dans les années 1970-1980. À l’époque, des cinéastes indépendants Afro-Américains comme Charles Burnet (Killer of Scheep) ont et veulent contrarier l'image irréaliste et stéréotypée que Hollywood produisait et continue apparemment à produire des Afro-Américains… Moonlight ne renoue donc pas exactement aux images qu’un Burnet, un Haili Gerima ou un Spike Lee ont mis et mettent encore à l’écran.
Séries télé : les nouvelles stars des festivals

Séries télé : les nouvelles stars des festivals

Paris, 27 avril 2017 (RTBF). La 8ème édition du grand festival parisien « Séries Mania » vient de se clôturer. Si l’événement est devenu un rendez-vous important pour les amateurs de séries, son avenir est incertain. En effet, malgré une fréquentation en hausse, des stars et une expertise reconnue, son sort est en suspens alors que deux projets concurrents sont annoncés l'an prochain, à Lille et Cannes. « Le grand festival, c'est déjà nous! », affirme à l'AFP Laurence Herszberg, directrice générale de Séries Mania, « c'est le lieu où commencent à bruisser les grandes séries, y compris anglaises et américaines ».  Face à l'arrivée redoutée de deux nouveaux festivals, l'un, à Cannes, soutenu par Canal+, et l'autre à Lille, avec l'appui de l'Etat, Séries Mania, manifestation gratuite organisée par le Forum des images, défend son expertise: sur les quelques 700 nouvelles séries sortant chaque année dans le monde, « nous en avons vu 300, c'est énorme mais nous savons trier le bon grain », assure la directrice. « Nous n'avons plus à faire nos preuves, il suffit de dresser la liste des personnalités que nous avons accueillies au fil des ans », ajoute-t-elle à propos d'une manifestation où les nouvelles séries sont toutes présentées par les équipes de création. Cette année, le festival a accueilli pour son ouverture l'équipe américaine de la série phénomène "The Leftovers" (HBO/OCS) dont le premier rôle Justin Théroux, et son épouse Jennifer Aniston ("Friends"). Séries Mania a connu cette année une fréquentation record, avec plus de 53.000 spectateurs contre un peu moins de 40.000 l'an dernier. Malgré la reconnaissance des professionnels et du public, la fondatrice du festival ignore à quelle sauce son bébé sera mangé.  Trop de festivals? Le Centre national du cinéma (CNC) soutenait jusqu'ici son festival. Mais c'est le projet de festival international de Lille, imaginé par l'équipe du festival "Série Series" de Fontainebleau, qui recevra près d'un million d'euros du CNC pour lancer sa première édition du 1er au 10 juin 2018. Autre projet concurrent d'envergure annoncé pour avril 2018, « Cannes Series », adossé au marché international MipTV, porté par le maire David Lisnard et l'ex-ministre de la Culture Fleur Pellerin. Canal+ soutiendra ce festival, qui « a tout pour réussir », selon le directeur général de la chaîne Maxime Saada. Outre ces grands rendez-vous attendus, les séries font aussi recette dans d'autres événements moins spécialisés comme le Fipa de Biarritz, le Festival de la fiction TV de la Rochelle, celui des créations télévisuelles de Luchon... « Séries Mania est le plus original sur le marché européen », estime Agnieszka Holland, scénariste et réalisatrice ("The Wire"), « c'est un des pionniers sur les séries, longtemps snobées par les festivals de cinéma ». De plus, outre les festivals spécialisés dans les séries, les grands festivals internationaux de cinéma se lancent aussi dans l’aventure des séries : la Berlinale et la Mostra de Venise proposé des projections de séries lors de leurs dernières éditions. Le Festival de Cannes, qui commence dans quelques semaines, prend aussi le créneau pour la première fois cette année en sélection officielle avec la deuxième saison de "Top Of The Lake" de Jane Campion et la troisième saison très attendue de "Twin Peaks" de David Lynch.  « C'est une évolution normale de la production audiovisuelle », a fait valoir le président du Festival de Cannes, Pierre Lescure, s'étonnant néanmoins d'une situation « surréaliste » avec la multiplication annoncée de festivals de séries en France.