(de Laurent Cantet. France, 2017, 1h53. Festival de Cannes 2017, sélection Un Certain Regard. Avec Marina Foïs et Matthieu Lucci)

 

11 octobre 2017 (Magali Van Reeth) – Questionnant les nouvelles sources d'images qui peuvent faire récit et qui façonnent toute une génération, et à travers la fiction, Laurent Cantet donne la parole à de jeunes chômeurs pour qu'ils inventent une histoire et s'inventent eux-mêmes.

 

Le réalisateur Laurent Cantet ouvre le film avec des images de jeu vidéo : dans un paysage spectaculaire, un personnage mi-chevalier moyenâgeux mi-humain augmenté se déplace avec ce manque de fluidité typique du graphisme des jeux vidéo. On reconnaît immédiatement le héros solitaire, hors du temps et poussé par une quête passionnante, que les hautes montagnes enneigées rendent quasi spirituelle. Cet univers fascine sans doute Antoine, le personnage principal, un jeune homme qui habite encore chez ses parents et cherche du travail. Comme d'autres dans la même situation, il participe à un stage d'écriture.

 

 

Stage organisé à La Ciotat et animé par Olivia, une romancière célèbre venue de Paris. Pendant plusieurs semaines, les participants, tous jeunes et chômeurs, devront construire et écrire un roman policier, qui sera ensuite publié. L'atelier a lieu dans un endroit très agréable et ils sont une poignée à participer. Tous viennent de la région et le premier choc entre Olivia et eux est celui de la façon de parler, l'accent mais aussi les mots utilisés.

 

Avec finesse, la mise en scène de Laurent Cantet met à jour les tensions de ce groupe. Différence d'âge, de milieu social et d'environnement culturel entre Olivia et les jeunes mais aussi entre les jeunes eux-mêmes, selon leur communauté d'origine. Les récents événements terroristes qui ont frappés la France et l'Europe depuis 2015 exacerbent les discussions, comme le passé communiste et ouvrier de La Ciotat se heurte aux tentations nationalistes. Là encore, d'autres images participent au récit : captures vidéo venues des réseaux sociaux et images d'archives collectées par la mairie de La Ciotat.

 

 

Comme dans le roman noir qu'ils doivent écrire, la tension monte dans certaines scènes. Discussions politiques à la fois agressives et maladroites de la part de ces jeunes qui manquent de dialectique et utilisent le vocabulaire des médias, reprises en main très doctorales de la part d'Olivia qui pense pourtant être ''près des jeunes'' et tellement convaincue de leur ''apporter quelque chose'' qu'elle passe à côté de l'essentiel. Puis l'arme débarque sans prévenir et plusieurs fois, on craint le meurtre, sans bien savoir qui sera le meurtrier et qui sera la victime.

 

Souvent, Laurent Cantet film des groupes et leur dynamique : femmes retraitées en vacances, collégiens, repas de retrouvailles entre amis... Sa mise en scène montre comment l'harmonie se construit ou vacille en fonction d'un élément extérieur. Et avec une fin ouverte, laisse au spectateur le soin de trouver ce que les autres nous apporte, ce qu'il restera à chacun une fois le groupe dissout. Ici pourtant, il prend soin de terminer son film avec une note très optimiste : ce sont les autres, aussi insupportables soient-ils, qui nous permettent d'avancer.

 

L'Atelier est un film bouillonnant, à l'image de ces jeunes, conscients que l'avenir ne leur fera pas de cadeau mais plein d'une énergie déroutante pour les adultes. Le foisonnement d'images diverses, les frissons du polar, la dramaturgie des paysages des calanques en bord de mer, et ce groupe de jeunes acteurs, beaux, arrogants et criant de vérité, en font une œuvre forte. Traversé par de nombreux thèmes très actuels (la crainte du terrorisme, la réalité du chômage, l'omniprésence des réseaux sociaux), le film questionne le rapport des jeunes à une société incapable de leur offrir une perspective, un idéal ou simplement une ''occupation''.

 

Magali Van Reeth