Bruxelles, 28 aout 2017 (SIGNIS/GC). A la fin de sa vie, Mgr. Romero se plaignait continuellement du fait que les médias étaient aux mains des puissants : c’était leur voix qui était entendue et, via la télévision, c’étaient leurs images qui étaient vues. Et si des images des opprimés ont été diffusées par ces puissants, c’était plutôt pour les criminaliser et les déshumaniser.

C’est donc paradoxal que ces « puissants » qui contrôlaient les images et l’information du pays et qui ont assassiné de nombreuses personnes qui œuvraient pour la justice, dont Romero, ont obtenu le contraire de ce qu’ils recherchaient : après leurs morts, des films et des dizaines de documentaires ont été réalisés et ont répandu leurs engagements, leurs voix et leurs images. 

L’assassinat de Mgr. Romero, suivi de ceux de quatre missionnaires américains en 1980 au Salvador, a déclenché une grande production de films et documentaires. Un des premiers documentaires qui a dénoncé la dictature du Salvador, et l’appui qu’elle recevait du gouvernement des Etats-Unis fut Roses in December (1982) du britannique Bernard Stone et de la colombo-irlandaise Ana Carrigan. Roses in December est consacré à la torture et à l’assassinat des quatre missionnaires américains à la fin de 1980 par des militaires du Salvador.  Ces horreurs furent aussi le thème du film de fiction Choices of the Haert, qui voulait mettre en avant l’enquête des meurtres de quatre femmes américaines et de Mgr. Romero. Le gouvernement américain et son ambassadeur au Salvador ont tout fait pour éviter sa sortie. Le film a été réalisé au Mexique avec René Enriquez dans le rôle de Mgr Romero et a été soutenu par l’acteur Martin Scheen, qui jouait le rôle d’un prêtre.

Le film Salvador, du cinéaste américain Oliver Stone, réalisé en 1986 était plus centré sur la mort de Mgr Romero. Ce film a donné à l’histoire et au sacrifice de Mgr Romero un écho mondial. Dans ce film, le journaliste américain Richard Boyle, interprété par James Woods, part au Salvador pour rapporter les événements sanglants de la guerre civile. Le film dramatise des incidents réels et les mélange avec des faits fictionnels, ce qui, pour certains critiques, décrédibilise le film. Stone dénonce également le soutien de son gouvernement à la dictature.  Romero est interprété par l’acteur mexicain José Carlos Ruiz.

C’est surtout avec le film Romero, le sang de l'archevêque de John Duigan et l’acteur portoricain Raúl Julia en tant que Romero, que le grand public a découvert l’histoire de Mgr. Romero. Le film, pour commémorer le dixième anniversaire de l’assassinat de l’archevêque, avait reçu en 1989 à Fortaleza (Brésil) le prix de l’OCIC parce qu’il « montrait l’indignation de l’Eglise catholique du Salvador face à la répression, la violence et les injustices sociales ».  Le réalisateur australien Duigan voulait montrer le conflit interne au sein de l’Eglise : ceux qui adhéraient à la théologie de la libération et ceux qu’il appelait des « traditionalistes ». Il faut souligner qu’il a été produit par le Père Ellwood E. Kieser, des Pères Paulines, et financé partiellement par des organisations catholiques américaines. Dans le même ordre d’idée, il y a le documentaire indépendant américain de 2011 Monseñor. Le dernier voyager d’Oscar Romero d’Ana Carrigan et Juliet Weber, et co-produit par le Père américain Robert Pelton de la congrégation de Sainte-Croix. Le film se base sur des images d’époque venant des archives privées de Mgr Romero et des interviews de Salvadoriens dont la vie a été profondément changée par l’archevêque.

Notons également des productions comme le documentaire « Romero pour mémoire » de Peter Chappell en 1991, dans lequel il témoigne de l'importance de s'engager auprès des pauvres. Ce film a été produit par le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement-Terre Solidaire qui était actif au Salvador depuis 1979. Une autre production est celle de Tellux Film et de l’agence d’aide Advenat destinée pour le web. Dans trois épisodes de presque 7 minutes chacun, elle retrace la vie et l’importance de Mgr Romero.

En 2005, une grande chaine de télévision américaine, ABC, a produit un film biographique sur le Pape Jean Paul II : Have No Fear : The Life of Pope John Paul II, réalisé par Jeff Bleckner. Bien que le film soit entièrement consacré à la vie du Pape, quelques séquences sont dédiées à Romero. Dans ce film, le Pape Jean Paul II, joué par l'acteur allemand Thomas Kretschmann, gronde Romero et lui dit d’obéir à Rome. Ce n'est qu'après sa mort qu'il éprouve des remords et prie sur le tombeau de Romero à San Salvador. Une façon de « réécrire » l’histoire ! En réalité, Mgr. Romero a eu deux audiences avec le Pape, lors desquelles il lui a dit d’être prudent mais qu’il avait tout son soutien. Dans son journal privé, Mgr Romero était très positif par rapport à ces rencontres et se sentait même encouragé. En 1983, le Pape a visité contre l’avis de tous, la tombe de Romero. Comme quoi, même après sa mort, certains veulent encore contrôler l’image de Mgr Oscar Romero.